Pieter Dhaeze


C’est en 1996 que Pieter Dhaeze s’est confronté pour la première fois à la photographie numérique (Agfa ePhoto 307) et depuis, il partage ses expériences et ses connaissances dans les magazines de la presse nationale, dédiés à l’informatique et à la photographie. En tant qu’enseignant en photographie, il écrit des articles sur la plateforme néerlandaise de photographie éducative EOSzine depuis 2009, à propos du matériel photo, des sujets à photographier et de la retouche photo (Lightroom et Photoshop). Il est l'auteur de livres sur la photographie aux éditions Van Duuren Media et est professeur de photographie numérique à la LOI.


Pieter, vous maîtrisez plusieurs disciplines en photographie. Quel genre de photographie vous fait vous sentir le plus dans votre élément et pourquoi ?
La technologie est mon centre d’intérêt, et dans le cadre de mes enseignements de la photographie, je suis constamment à la recherche des nouveaux développements concernant les outils photo et leur utilisation avec les sujets à photographier les plus courants. Et donc, j'ai le même enthousiasme que j’aille à la plage par un vent de force 8 pour tester les sacs et autres protections photo ou que je parte tester un nouveau type de boîte à lumière lors d'une séance de portrait en studio. Et c'est généralement avec l'intention de faire des photos qui illustreront ensuite un avis sur un produit ou un article.

Je suis sûr que vous avez une jolie collection d’appareils photo et d’objectifs. Quel est votre matériel photo préféré ?
Parce que je vois passer devant mon objectif une large variété de sujets, j'ai en effet plusieurs appareils photo en service. Un appareil photo plein écran (EOS 5D Mark IV) pour les paysages, l'architecture, les intérieurs, les portraits, la nourriture et l'action. Un appareil photo APS-C (EOS 80D) pour les produits, la nature et la photographie macro. Et un appareil photo compact de type 1 pouce (PowerShot G7X) que je peux transporter dans la poche de mon pantalon / de ma veste quand je recherche la lumière tout en restant discret, pour un reportage photo. J'utilise donc les performances de chacun de ces systèmes. Je travaille également avec un nombre limité d’objectifs L et j'utilise de plus en plus des objectifs fixes à grande ouverture plutôt que des zooms.

Avez-vous des conseils quant au flux de travail ? Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble votre flux de travail ?
Je photographie presque toujours en RAW. Je télécharge ces fichiers à partir d'une carte mémoire rapide vers une structure de dossier fait maison et autogérée vers des disques durs externes (en RAID1). Je les importe ensuite à partir de cet emplacement dans Lightroom dont les catalogues sont également sur le système RAID1. Je juge et sélectionne les photos dans la bibliothèque, puis supprime toutes les photos qui ne relèvent pas de cette sélection de Lightroom et des disques durs. De cette façon, mon système ne fonctionne pas rempli avec des images que je n'utiliserai jamais à nouveau. Je modifie ensuite les photos RAW autant que possible dans Lightroom (et Silver Efex Pro II) puis je les exporte pour les sauvegarde sur le Cloud (sur www.box.com) au format DNG. En fonction du type de publication prévue (écran ou impression), j'exporte les photos vers JPEG dans une structure de dossiers similaire à mes fichiers RAW. Ce fichier JPEG se synchronise automatiquement avec le Cloud. Je modifie encore quelques JPEG dans Photoshop, car cela me permet de travailler avec des sélections, des calques et la retouche, avec la précision par pixel.

L'astuce la plus importante pour un bon flux de travail est de conserver un aperçu de vos photos en travaillant avec une structure et de raisonnablement bien penser à la sauvegarde. N'importe qui peut le faire à sa manière, il suffit de réfléchir à ce processus à l'avance et de le suivre systématiquement.

Foto Pieter Dhaeze

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Photos de Pieter Dhaeze

Que prenez-vous en considération pour choisir de photographier en RAW ou JPEG ?
Comme je l’ai mentionné précédemment, mes appareils photo sont configurés sur RAW 99 % du temps. Bien sûr, pour tirer avantage de la large plage dynamique (14 bits) et avoir le libre choix de la balance des blancs et du profil de l‘appareil photo, mais aussi parce que je veux éviter la perte de qualité (incontrôlée) causée par la combinaison de réduction du bruit, de compression JPEG intégrée à l'appareil photo. Uniquement dans le cas d’une action rapide et imprévisible, avec laquelle j'ai besoin d'une cadence élevée sur une plus longue période de temps, je mets l'appareil photo au format JPEG. Mais c'est rarement le cas. Parfois, je convertis une image RAW dans l'appareil photo au format JPEG, ainsi je peux simplement l'envoyer sur mon téléphone via le système sans fil et ensuite la partager par email ou sur les réseaux sociaux.

Nous savons que vous êtes un fan de Lightroom. Pourquoi aimez-vous tellement ce logiciel ?
J'étais déjà fasciné par les propriétés de RAW en 2004 et suis également un utilisateur précoce de ce format de fichier. À cette époque RawShooter était mon convertisseur RAW, un programme qui a été acheté par Adobe et a servi de base pour Lightroom. La transition était donc évidente à l'époque. Je préfère Lightroom parce que leur outil couvre l'ensemble du flux de travail d'une photo numérique - de la gestion et de la sélection à la retouche et à la publication - et parce qu'ils savent se développer avec les nouvelles techniques et écoutent les besoins du photographe d'aujourd'hui.

Quelle est l'importance de la retouche photo pour vous ?
Les gens pensent que la retouche photo en tant que photographe c’est manipuler la réalité. Mais la photographie n'est pas nécessairement juste ou véridique. Tout d'abord, vous choisissez un cadre, de sorte que vous ne voyez pas les choses en dehors de ce cadre. Une photo montre réellement le monde à travers des œillères. Ainsi vous pouvez manipuler correctement la réalité et faire apparaître un repaire de lion en béton au zoo comme une vraie savane. En outre, une photo, c’est juste un instantané. Vous ne voyez pas ce qui se produit une fraction de seconde avant ou après avoir pris cette photo. Est-il raisonnable de le faire alors ?

En plus, la technologie appareil photo / objectif montrent le monde différemment que ce que voient nos yeux. Vous n‘avez jamais vu un champignon avec un arrière-plan flou ou une silhouette pure en contre-jour ? Ces aspects typiques de la photographie sont les bienvenus en tant que moyens créatifs et sont destinés pour le photographe en tant qu’artiste, mais ils sont intrinsèquement « artistiques », pas la réalité.

Si on compare la photographie avec la peinture. Probablement Rembrandt a-t-il également omis ou ajouté quelque chose quelque part dans la Ronde de nuit. C'est son droit et personne ne soutient pourtant que la Ronde de nuit soit une mauvaise peinture à cause de cela. Et Mondrian devait-il utiliser des couleurs pastel pour peindre Victory Boogie Woogie parce que les couleurs primaires et les contrastes élevés ne sont pas sophistiqués et représentent un surplus au goût des consommateurs ? Par conséquent, si vous avez la ferme conviction que vous ne devez jamais retoucher les photos, parce que vous voulez montrer la réalité, alors vous ne devriez pas aller à la chasse. Certains photographes utilisent cet argument pour démontrer qu'ils sont de purs - et donc de bons – photographes.

Et soit dit en passant, une photographie numérique est toujours retouchée. Par le profil utilisé dans l'appareil photo pour créer un JPEG. Et Lorsque vous photographiez en RAW, Lightroom exécute le profil fondé d’après les goûts d'Adobe. Et donc, c’est pour cela que je ne suis pas effrayé par la retouche. Je veux montrer à mon public ma réalité. Ce qui me plaît. Et j'utiliserai alors tous les moyens mis à ma disposition en 2017.

Pour différents types de photographie, différentes manière de procéder avec la retouche sont pertinentes. Existe-t-il d’après une catégorie de photographie qui ne peut pas éviter la retouche, et pouvez- vous indiquer pourquoi ou pas ?
Comme je le disais, chaque image numérique est modifiée. Si vous voulez que cette opération soit effectuée au sein de l’appareil photo sous forme d’un format JPEG, vous pouvez affiner le profil de l’appareil photo numérique disponible aujourd'hui par pixel et le calibrer en fonction du sujet. Chez Canon, ils appellent cela les Styles d'image et ils ont même un éditeur de Styles d’image pour créer des profils sur votre ordinateur qui sont ensuite prêts à l'emploi sur votre appareil photo directement. Si vous vous sentez à l’aise avec ce type de logiciel et que vous contrôlez à 100 % les réglages de votre appareil photo, alors seulement dans ce cas, c’est vrai, vous n’aurez pas besoin de procéder à un post-traitement sur un ordinateur. Notamment pour la photographie en studio d’un produit, d’une nourriture et d’un portrait, la post-édition est superflue.

Et soit dit en passant, vous apportez de toute façon réellement « une finition » à vos photos quand vous les jugez, les évaluer, les sélectionnez sur votre ordinateur. Lorsque vous faites cela avec Lightroom, vous pouvez recadrer ou modifier rapidement et facilement l'éclairage pendant le processus d'évaluation sans trop d'effort.

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Photos de Pieter Dhaeze

L'intelligence des tout derniers appareils photo s’accroît à vue d’œil. Qu'est-ce que cela signifie pour l'imagerie à l'avenir ?
Encore moins de retouche, donc plus de temps passé à photographier sur le terrain et une meilleure qualité d'image. Prenez par exemple les corrections internes disponibles sur les objectifs. Lorsque le mode correction est activé et si l'objectif est reconnu par l'appareil photo, vous ne verrez jamais de distorsion, d'aberration chromatique et de vignettage dans vos fichiers JPEG. Ils auront été corrigés même en cas de défocalisation de l’appareil photo. C’est pour moi un développement intéressant. Parce qu'il pourrait sembler intéressant ou professionnel d’effectuer le travail manuellement, mais vous changez vous aussi, vous voulez en faire moins. La technologie numérique, allant des prises de mesure internes, à la mise au point automatique et la balance des blancs automatique au HDR et au montage panoramique interne a offert au photographe contemporain plein de nouvelles possibilités grâce auxquelles il peut capturer des sujets qui auparavant étaient impensables, avec une grande simplicité. Et nous devrions être heureux. Vive le progrès ...

Récemment, le photographe de renommée mondiale, Steve McCurry, a provoqué une polémique après s’être fait critiqué quand un photographe italien découvrit qu’il avait fait usage de Photoshop dans une photographie qu’il avait fait lors d'un voyage à Cuba. Pensez-vous qu'une photo doit être éthique ?
Il existe d'innombrables exemples de photos de célèbres photographes qui ne reflètent pas la réalité parce qu'elles sont « mal » retouchées. En soi ce n’est pas un problème, sauf que cela est imprudent de la part du photographe. Tant qu’une photo retouchée n’est pas « mensongère » juridiquement ou d’un point de vue journalistique, un photographe pro est complètement libre de « donner un coup de main à la nature ». Même un pro a la liberté d'adapter une image de façon créative, comme il l’entend et selon ce qu’il veut montrer à son auditoire. Cependant, il est clair pour tout le monde que cela n’inclut pas le fait de positionner la tête d’une célébrité sur un corps qui n’est pas le sien ou faire disparaître une arme à feu ou en modifier une avec Photoshop dans une scène de crime.

Et soit dit en passant, il y a une limite entre la photographie et le travail de retouche de mon point de vue. Si vous retouchez un cadre photo, l'exposition, la couleur et la netteté et supprimez au passage un poteau ou un arbre, ceux-ci sont des réglages qualité et il ne reste qu’une « photo ». Quand vous sélectionnez des zones sur différentes photos pour en créer une nouvelle (à l'exception des paramètres d'image comme pour les photos HDR, panoramiques, l’empilage de mise au point (focus stacking)), cela n’est pas une photo mais plutôt une nouvelle image créative et le photographe dans ce cas s’est transformé en un éditeur d'image.

Avez-vous des conseils pour le photographe amateur ?
Adoptez les technologies numériques et osez utiliser les possibilités sans précédent de la photographie contemporaine et de retouche d'image pour réaliser des photos encore meilleures. N’ayez pas peur de prendre plein de photos pour avoir le choix après. Mais sachez aussi vous limiter car pour 100 photos que vous réalisez, vous aurez besoin d’une demi-heure au moins pour les gérer, les évaluer et les sélectionner, les retoucher et enfin les publier.

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Foto Jessica Drossin

Photo de Jessica Drossin

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